Le Jardin des supplices

Le Jardin des supplices
Auteur : Octave MIRBEAU
Éditeur : Le lézard noir
Type: Roman

Sous ce titre que je trouve très poétique, sous une couverture argentée réfléchissante comme un miroir, se cache un livre qui fut catalogué sulfureux, érotique, voire pornographique… un livre qui fit couler beaucoup d‘encre à sa sortie. Fidèle à sa ligne éditoriale d’avant-garde, de romantisme noir et de décadence [1], Le lézard noir ré-édite Le Jardin des supplices , roman français d’Octave Mirbeau, agrémenté des illustrations de Florence Lucas.

Originellement paru chez Charpentier-Fasquelle en juin 1899 au beau milieu de l’affaire Dreyfus, Le Jardin des supplices est un assemblage de textes écrits indépendamment les uns des autres, à des époques différentes, en des styles différents et avec des personnages différents [2].

Le roman se découpe en plusieurs parties.
La première, assez courte, intitulée Frontspice, nous présente une discussion d’après boire entre divers intellectuels sur le meurtre : son intérêt pour la société, les envies qui les assaillent… Se croyant tour à tour mieux que les autres, les différents participants à la discussion vont justifier leur nature perverse dans les paroles, mais dans les actes se salissent-ils les mains ? Un beau paquet d’hypocrites en somme que l’auteur pointe du doigts sans les cacher.

La seconde, En Mission, poursuit le texte précédent, mais en développant un récit complet autonome. Un escroc, véritable sangsue d’un ministre véreux, est envoyé par celui-ci à Ceylan. Un moyen de se débarrasser d’une personnalité gênante. Il rencontrera sur le bateau une jeune femme qui bouleversera sa vie des choses. Les milieux politiques français de la 3e République sont mis à mal : les pots de vin, les magouilles en tout genre saupoudrées d’incompétence flagrante. Les milieux marchands qui se considèrent comme des voleurs légitimes ne sont pas épargnés non plus.

La troisième, le jardin des supplices, se déroule en Chine, quelques années après la seconde. Cette fois-ci le narrateur est retourné auprès de Clara, la jeune femme anglaise qui se trouve n’être non pas une créature de pureté comme il était persuadé, comme il imagine que sont les femmes, mais une sadique, une perverse et une hystérique. Séduit par cette femme dont la beauté rayonne dans un plaisir qu’il considère abjecte, il partage sa promenade dans le jardin situé au cœur du bagne de Canton. Ce jardin luxuriant composé d’essences florales rares abrite en son sein les tortures les plus raffinées, sources de plaisirs extrêmes. Le bourreau décrit son travail de tortionnaire comme celui d’un véritable artiste. L’auteur en profite pour décrire des supplices horribles. C’est une orgie de formes, de couleurs, de senteurs capiteuses, de noms de fleurs, de comparaison à la sexualité. La beauté n’est pas niaiserie ni douceur, elle est l’horrible et la souffrance. Clara parviendra à l’orgasme dans de véritables délires visuels.

Ce récit est dense, fascinant, pénétrant. Octave Mirbeau est un auteur féroce, maniant l’humour noir, dénonçant les travers de la société, sans concessions, cassant les préjugés moraux qu’on nous enfonce dans le crâne, tapant dans les élites soi-disant bien pensantes qui ne respectent même pas les lois qu’elles infligent aux autres. L’auteur condamne toutes les sociétés, il dénonce des crimes colonialistes et il en profite pour remettre en question les valeurs de la civilisation occidentale.
Il y aurait tant à écrire, mais pour ne pas vous gâcher le plaisir, je vous conseille plutôt sa lecture !

Cette édition se présente sous la forme d’un livre à la couverture argentée, reflétant notre image, mais qui s’abîme facilement ! Peut être pour nous renvoyer face à nous même, nous dégradant avec le temps… à l’intérieur, le texte est imprimé dans un noir qui semble tendre vers le violet, le tout agrémenté des illustrations de Florence Lucas. Cependant, est-ce parce que je suis tombée sur un bouquin avec défauts, il y a des pages blanches avant certaines illustrations…

[1] (ou décadisme ) : Courant littéraire français, annonciateur du symbolisme.
L’esprit décadent trahissait le désenchantement d’une partie de la jeunesse du temps et se caractérisait par le dégoût de la réalité banale, la recherche exacerbée de sensations rares, et, sur le plan de l’écriture, par la désarticulation du vers et de la syntaxe, l’abus des néologismes, le mélange du trivial et du raffiné. Les décadents véhiculaient les idées de Schopenhauer, traduit en France depuis peu, et cultivaient le spleen baudelairien. Pour faire face à leurs désillusions généralisées, ils choisirent de fuir la réalité et trouvèrent refuge dans un art gouverné par l’artifice, le mysticisme, l’ésotérisme et l’occultisme.
Source : La bibliothèque de Cénacle, via Encyclopédie Universalis.
[2] Voir sur le site du Lézard noir.


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