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Big Bang Anim’, la cosmo-énergie de la passion

Big Bang Anim’
Auteurs : Yvan West Laurence / Gersende Bollut
Éditeur  :  Omake Books
Type: Essai-Documentaire
Genre: Culture

Avec Big Bang Anim’, on tient entre ses mains un formidable documentaire, une source de témoignages qui sent le nekketsu [1] à plein poumon et dont la cosmo-énergie issue des souvenirs transpirent entre les pages.

Avant de parler du contenu, il faut souligner la qualité de l’objet papier, dont la couverture est superbe dans son visuel et au toucher, et l’intérieur, bien que principalement en noir et blanc, classieux. Il m’a rappelé tout de suite les livres édités par Les Moutons électriques et il a trouvé tout naturellement sa place à côté. De plus, il n’est pas si cher que cela, comparé à d’autres livres de moindre qualité de finition, et les frais de port sont pour l’instant gratuits dans le monde ! Youhou !

Animeland est le magazine de toute génération, celle qui a grandi entre Goldorak et Dragon Ball, de Récré A2 au Club Dorothée. Créé en 1991, tout d’abord sous forme de fanzine, puis sorti en kiosques en 1996, Animeland est le premier fanzine/magazine sur l’animation.
Animeland, c’est un rédac ‘chef charismatique au parcours atypique, des articles passionnants qui font découvrir autant l’animation mondiale, que les mangas, les produits dérivés (VHS, laser disc, cd, garage kit…), des pistes transversales (les rouleaux peints, les poseurs…). Un vrai magazine culturel qui a énormément contribué au marché actuel de la Japanimation et du manga en France, en passant par la reconnaissance des diverses pop cultures.

Tout cela, il faut le rappeler, à une époque où internet n’était pas accessible au grand public, où il fallait être débrouillard pour dénicher des informations fiables, des documents. Des liens forts se tissaient entre des passionnés devenus pour la plupart des acteurs majeurs du milieu de l’animation et du manga en France. Ce magazine a été le résultat du partage, de la passion avec le sang chaud qui bouillonne dans les veines, qui fait vibrer les cœurs.

Ce livre est un magnifique concentré d’aventures humaines, de rencontres avec de bons et de mauvais souvenirs, le défrichage de tout un pan de la Culture alors méprisée (et encore cela dit en passant…) : l’émergence des éditeurs de mangas, d’anime, des projections en salle, des salons (BD expo, Epitanime, Planète manga…) bien avant la folie consommatrice qui arrivera par la suite et où les passionnées seront noyés dans une logique pécuniaire.

La difficulté de gérer une équipe, apprendre sur le tas, innover, être créatif, persuader l’entourage, le public de la légitimité de cette culture, voilà ce qui attend tout lecteur dans ces quelques 292 pages où Yvan West Laurence se livre sans fausse pudeur, avec modestie et justesse, et sans langue de bois, mais sans méchanceté avec assez de recul. Il se livre sur Animeland, sur la paysage animé français de l’époque et la perception de l’animation japonaise, de l’édition manga, … On en apprend beaucoup sur les coulisses du magazine et des tensions internes que l’on pouvait parfois ressentir en le lisant.

Avec Big Bang Anim’, c’est l’histoire de l’animation en France, du manga, de ces salons qui est retracée. Animeland devient un fil rouge entre toutes ses activités qui se sont développées.  Les pages fourmillent d’anecdotes, par exemple, que c’est grâce à cette équipe de pionniers que Hayao Miyazaki a été interviewé pour la première fois en France en 1993, qu’ Isao Takahata est très pointilleux sur la langue de Molière qu’il maîtrise parfaitement et qu’il a formulé quelques remarques à ce sujet pour améliorer le magazine !

Le découpage en chapitres thématiques permet d’appréhender chaque facette de cette aventure : des débuts laborieux avec la mise en place du fanzine, en passant par les rencontres (dont Moebius, grand fan de mangas et d’animes), les salons et les conventions, ces lieux indispensables de partages, les bonds technologiques des ordinateurs dédiés à la PAO, le minitel 3615 Toon, la sortie en kiosque du magazine et ce que cela a bouleversé dans le fonctionnement de l’équipe et leur professionnalisation, et puis tout ce qui gravite autour : conférences dans des salons, des bibliothèque, des Fnac, … c’est dense, très dense, et je peux pas tout résumer ici.

Le livre regroupe aussi de nombreux témoignages des collaborateurs d’Yvan et permet de mieux cerner les enjeux et de comprendre la complexité pour tenir une telle entreprise dans le temps : Olivier Fallaix (qui a contribué au magazine dès le premier numéro et qui en est, depuis 2006, le rédacteur en chef), Kara (dessinateur de BD), Cédric Littardi (ancien président d’Animarte, qui a participé à Animeland, fondé les éditions Kaze et a créé récemment le Dernier Bar avant la fin du monde), Pierre Giner (un autre collaborateur important durant de nombreuses années), Gérald Galliano avec la création de Méluzine (site de référence sur les fanzines qui se déplace dans beaucoup de salons pour promouvoir les jeunes auteurs),… Ces 12 témoignages et entretiens croisés complètent les chapitres précédents et offrent des perceptions différentes mais néanmoins indispensables.

Grâce à Big Bang Anim’, on se remémore la joie de partager ses trouvailles, d’en extraire la pulpe et le jus pour écrire des articles de qualités, monter des projets de salons, d’éditions… La première centaine d’Animeland sortie (à la louche, hein) est un magazine précieux que je conserve et je compulse encore de temps en temps tant son contenu fait toujours référence.

Découvrir l’envers du décors de ce magazine qui m’a accompagné pendant plus de 10 ans comme un ami que j’attendais avec impatience chaque mois, une mine d’or qui m’a cultivée, m’a fait rêver et a attisé la flamme de la passion au fond de mon cœur, m’a profondément émue. Découvrir les coulisses et la mise en place de tous ces salons, éditeurs m’ont impressionnée ! Je ne savais pas que tout est si étroitement imbriqués, provenant d’un si petit noyaux de personnalités qui a transmis viralement sa passion ! Un vrai Big Bang, comme l’indique le titre si judicieusement choisi !

Ce livre mériterait une adaptation en manga nekketsu (j’y tiens : p ).

[1]Littéralement «sang bouillant», il s’agit d’une sous-catégorie de shonen, où le héros suit  un parcours initiatique dont le  dépassement de soi est un moteur pour atteindre son but.






3 commentaires pour “Big Bang Anim’, la cosmo-énergie de la passion”

  1. Animeland, que de souvenirs aussi !
    Je te remercie pour cette chronique, j’étais complètement passée à côté de la sortie de ce livre; il faut dire que je ne lis plus ni le magazine, ni leur site web…

  2. C’est intéressant !! =)
    Chaque année sortent plusieurs livres « Nostalgie » qui retracent cette époque, mais difficile de avoir lesquels en valent vraiment la peine…

    Je ne connaissais pas cet éditeur non plus, mais je vois sur le site que c’est un ancien de Pix’n love, j’allais dire que leurs livres me faisaient penser à eux, justement !! XD

    Comme je suis un peu « jeune », je ne me suis intéressée réellement que tard à ce magazine, enfin, je les feuilletais plus que je les lisais ^^ »
    Assez étrangement, j’aimais bien lire la rubrique fanzines alors que je ne savais pas ce que c’était… Je ne connaissais quasiment rien de ce qu’il y avait dans ce magazine en fait XD, mais je lisais bien la rubrique fanzines et je restais longtemps perplexe devant !! XD
    Aaaah,… Pauvre jeunesse en perdition…. ._.

  3. Haha !

    Les livres nostalgies sont effectivement très à la mode ! Ce n’est pas un livre que j’ai découvert en premier là-dessus, mais un magazine : IG Mag, sur les jeux vidéos ! Un très beau magazine qui donne envie…
    Ces livres, il y en a sur les jeux vidéos donc, mais aussi sur les séries jeunesse, les musiques… Je t’avoue que j’en lis rarement ! J’ai pris celui-ci car Animeland est un magazine cher à mon cœur qui m’a beaucoup appris !
    J’avais vraiment envie de connaître l’envers du décors et je n’ai pas été déçu !

    Après, est-ce l’époque qui veut ça ? Un besoin enfants nés entre les années 60-90 de faire un bilan ? De voir ce qu’ils ont défrichés dans les cultures populaires… grande question !

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